Je ne pensais pas qu'il aurait pu me faire ça. J'étais en petite tenue de nuit et par la force de la chaleur, j'avais du retirer ma couverture cette nuit. L'horrible gêne me fit rougir comme une tomate. L'écran numérique de mon réveil affichait sept heures quarante sept, c'était beaucoup trop tôt pour mes pauvres petits yeux. Je suis condamnée à ressembler à un zombie toute la journée maintenant. Je rabattue la couverture sur moi et poursuivit :
- Vous n'êtes pas obligée de rester planté là, je sais m'habiller toute seule.
- Très bien. Mais ne tardez pas trop, monsieur Jost vous attend
- Oui oui, répondis-je avec un ton agacé.
Sur ceux, l'homme de service disposa de ses devoirs et disparu de ma vue après avoir passer l'arcade qui me servait de porte. Je bondis de mon lit et déboucla la fermeture de ma valise. Je me munis de ma jupe en jean et d'un t-shirt puis je m'en vêtit. Après l'arrangement de mes cheveux, je fis un bref tour devant le miroir afin de constater le travail. Le désastre total ! Je n'avais rien fait pour arranger mon manque de sommeil mais bon, tant pis. Il ne fallait pas que je m'attarde là sinon j'allai encore goûter aux grognements pénible de David. Je m'appropriai de mon sac à main et déboulai à l'accueil.
Il causait avec son groupe. Tous se retournèrent à mon arrivée précipitée. J'étais complètement essoufflée par cette descente en trompe et tentais de reprendre haleine.
- Ah te voilà enfin. Bien dormie ?
- Euh.. Pff Oui... un peu de mal au réveil mais sinon ça va..
- Ok. Bon on y va parce qu'on va finir par arriver en retard avec tout ça..
Puis leurs jambes bifurquèrent vers les battants de sortie. Aucun mot ne me fût adresser de leur part. J'entrepris un rattrapage à toute vitesse avec une grande difficulté pour éclaircir mes interrogations sur notre direction.
- Eh David, on va où ?
- A une maison de disque comme ça tu pourras écouter ce que font les garçons.
- Ok.
- Mais, tu as des lunettes ?
- Euh ben non.. c'est pas trop nécessaire en hiver..
- Bon c'est pas grave mais tâche de ne pas t'arrêter lorsque nous sortirons dehors.
En effet, même de beau matin, une petite foule de fan attendait la sortie du groupe pour obtenir un autographe ou une photo. Les portes passées, les garçons griffonnaient sur des morceaux de papiers tendus à l'extrémité des bras sous le regard beat des jeunes filles. Des phrases parvenaient à mes oreilles comme « Un autographe s'il vous plaît » ou certaines beuglaient simplement « Bill », « Tom », « Georg », « Gustav » de toutes leurs cordes vocales. Des gardes optimisaient la sécurité ainsi que des barrières mais rien ne les retenaient – en parlant des groupes de groupies -. Je tentais tant bien que mal de me faire la plus petite possible mais il semblait que – pour elles – voir une fille en compagnie du groupe les mettaient dans tous leurs états. Je pus discerner des interrogations de leur part plus ou moins fortes « C'est qui la blonde avec eux ? » ; « Qui c'est elle ? » ; « Qu'est ce qu'elle fout avec eux ? ». Je fis l'indifférente et grimpai dans un corbillard noir suivis des autres. Je pris place contre la fenêtre, à côté de David. L'itinéraire fût long. Les garçons – derrière moi – dialoguaient et se permettaient quelques fous rires tandis que moi je conservais mon silence et m'amusais à dessiner des petits dessins sur la vitre dans les tâches de condensation crées par mes expirations.
*
J'étais assise sur un tabouret à côté de David qui était au contraire de moi, debout. Il y avait des milliers de touches devant moi, toutes de couleurs différentes et ayant chacune une fonctionnalité précise. L'homme à côté de moi semblait les connaître par c½ur comme si il était né avec. Il portait un gros casque sur les oreilles et étudiait le mouvement derrière la vitre..
Les quatre garçons étaient dans une pièce, complètement insonorisée du planché au plafond en passant par la porte et notre « fenêtre ». Ils étaient disposés sur des chaises hautes et étaient pleinement concentrés dans leur ½uvre. Georg jouait avec ses doigts sur sa basse gravée du nom « Tokio Hotel », Gustav tapait avec rage sur sa batterie, Tom grattait d'une finesse absolue les cordes de sa guitare et Bill ne faisait plus qu'un avec son micro, le sourire à la bouche. Nous pouvions ouïr leur prestation à travers des enceintes directement reliés à la salle de musique.
- C'est quoi « Tokio Hotel », marqué sur la basse de Georg ? demandai-je à David
- C'est le nom de leur groupe.
Il avait le regard figeait droit devant lui et semblait pénétrer par la musique. Maîtrisant l'allemand scolaire, je déchiffrais les trois quarts des paroles mais certains mots m'échappaient encore.
- On fait une pause !!! annonça le maître du clavier.
Les garçons se dégagèrent de leurs engins et sortirent nous retrouver. Je restais assise sur mon tabouret que je décrirais comme inconfortable. Ils circulèrent à côté de moi, sans même m'adresser un regard et disparurent après avoir passer une porte. David discourait un peu avec son collègue au sujet d'un concert – sûrement celui dont Bill m'avait parlé hier soir -. A priori, il aurait lieu dans trois jours. Je tournicotais sur moi-même et David m'arrêta d'un geste de bras.
- Tu viens, on va manger ?
- Oui, je commence à avoir très faim.
Il était environ une heure de l'après-midi. Nous exécutèrent les mêmes pas que les garçons il y a quelques minutes. Nous débouchâmes sur une sorte de grand réfectoire où était disposé plusieurs tables. Le quatuor était déjà aménagé, plateau rempli, et dévoré de délicieuses pâtes – du moins c'est ce qu'elles laissaient apparaître comme aspect -. Je perçus cette fois-ci l'attention soudaine d'un des membres. Tom m'accorda un vif coup d'½il ce qui me permit de lui envoyait un sourire de sympathie qu'il me rendit avant de pivoter la tête.
- C'est sympa comme endroit..
- Tu trouves ? demanda David en pouffant de rire.
Je me contentai d'hausser les épaules. Je devais lui paraître étrange..
Après notre repas, l'ambiance n'était toujours pas là. Je n'échangeais que quelques paroles à David tandis que tout le monde riait aux éclats. J'étais en quelques sortes un vilain petit canard mais non par ma faute, à chaque fois que j'essayais de hasarder une approche, le redoutable David venait tout casser. C'est alors qu'il s'absenta en milieu d'après-midi pour aller faire une course.
Je me retrouvai seul avec moi-même, me balançant sur mon tabouret. Je n'avais toujours ni le droit de sortir, ni le droit de bouger. Cela faisait au moins trois heures que tout le monde travaillait sans relâche mais pas pour longtemps..
- Bon, on fait une pause.
Sur ceux, mon voisin décampa. Les quatre garçons quittèrent les murs de leur salle, burent un coup d'eau, s'entrelacèrent une serviette sur la nuque et vinrent dans ma direction. Bill passa deux trois coups d'½il autour de nous – comme si il ne fallait pas qu'on les voit avec moi – puis il commença :
- Salut Emma.. alors tu ne t'es pas fais chopper pour hier soir ?
- Si.. on s'est croisé dans le couloir, je croyais pas qu'il allait s'énerver à ce point..
Je détournai ma vision vers les autres qui avaient pris place sur un canapé – en face de moi - où Bill les rejoignis très hâtivement. Gustav restait muet alors que Tom et Georg portaient des propos qui m'étaient inaudibles. Je pouvais juste étudier leur comportement. Ils me reluquaient niaisement avec une espèce de petit sourire en coin qui me déstabilisait et qui me gênait horriblement. Je récupérai toute ma concentration sur Bill.
- Oui.. il est bizarre en ce moment.
- Euh.. Et vou.. vous savez pourquoi ?
- Avec toi..euh.. en partie, ..oui.
- Et donc ?
- Ben en fait euh..on a pas trop le droit de... enfin d'en..
- Allez c'est bon, ça me concerne quand même..
- Oui bon.. euh... c'est assez simple. C'est juste que.. il a peur qu'il t'arrive quelque chose et..ou que tu souffres. Il veut que tu passes de bonnes vacances... Tu te rappelles l'autre soir quand on t'as vu pour la première fois et qu'il a abrégé les présentations ?
- Oui oui...
- Après il nous a parlé.. mais pas de musiques.. il nous a parlé de toi. Des relations que.. hum.. l'on devait entretenir avec toi..
- C'est-à-dire, l'ignorance, interrompis-je un peu désemparée.
- Non attend laisse moi finir.. certains parmi nous on tendance a se servir des filles comme de mouchoirs..
Et sur ses mots, il se tourna vers Tom et Georg – trop occupé à s'imaginer sûrement des choses érotiques - puis revînt planter ses yeux dans les miens.
- Donc il a eu peur que l'on ait... Enfin que certains.. aient des relations avec toi.. alors l'autre soir il nous a ordonné de ne pas t'approcher et de ne pas te parler..
- Ouai et c'était dur, continua Tom.
*
Après cette journée exténuante, mon seul souhait était de dormir mais impossible. Le soir même, je dus suivre David ainsi que le groupe lors d'une soirée « privé ». De plus, je ne disposais que d'une demi heure pour me préparer. Pour la première fois de ma vie j'allai avoir la possibilité d'enfiler la merveilleuse robe de ma mère. Je n'avais jamais eu d'occasions pour la porter. Elle était tout simplement brillante et magnifique. Depuis très longtemps j'avais accorder les chaussures à talons que j'aurais l'âge de mettre. Mes cheveux étant déjà parfaitement bouclés, je n'eus nul besoin de m'attarder sur une quelconque coiffure. En fin de compte, le maquillage me prit le plus de temps. Pendant que je m'éternisais à la salle de bain pour rechercher les derniers petits détails, quelqu'un vînt frapper à la porte. Ca devait être surement David qui venait me chercher. Ma main enclencha la poignée et c'est alors qu'en tirant la porte vers moi je pus discerner Tom.
- Euh.. Salut.. mon teint devînt rouge écarlate.
- Salut Emma, David m'a envoyé te dire qu'on y allait. Il nous attend en bas.
- Ah ok. Une seconde.. j'arrive.
Je ne l'avais jamais contemplé d'aussi prêt. Je l'avoue, il était plutôt canon même très canon.