Chapitre 10






Les gouttelettes incolore et froide découlaient dans les creux de mon visage et ce qui restaient, à présent, de mes boucles. Mes vêtements me collaient à la peau et s'alourdissaient sous le poids d'eau absorbait par le tissu. Mon maquillage avait sûrement dû, lui aussi, se répandre sur mes trônes de pudeur*. Dès cet instant, j'étais pourvue d'une multitudes de remords sans queue ni tête, dont je ne connaissais même pas les racines et les réponses. La nuit était sombre ce soir là, les étoiles étaient camouflées par les masses nuageuses. Mes yeux étaient clos et je restais posée ici, sur ce poteau d'un vert olivâtre froid mais qui convenait très bien à mon postérieur même si cela commençait à devenir peu confortable. Mes mains frêles étaient rangées dans les poches de mon caban noir dont j'avais remonté le col laissant juste dépassée la partie de mon visage au-dessus de mon nez. La rue n'était évidemment pas déserte, j'assimilais constamment des bavardages de quelques jeunes filles qui attendaient aux grillages de la sortie des coulisses pour entrevoir d'acquérir une petite signature. Un certain nombre de passants déambulaient sur le trottoir. Des hommes élégamment vêtus rentrant de leurs longues journées de boulot me faisaient resonger à mon père. Je repensais avec excitation à la minute au téléphone qu'il m'avait accordé aujourd'hui et je m'interrogeais sur le but de celui du lendemain. Des lampadaires démesurés éclairaient l'avenue d'une lumière bronze. Derrière mes paupières, des histoires défilaient. Celles que j'avais vécu les années passées. Je ressassais tous ces moments qui finalement avaient été bien plus que du bonheur. Les flots me rafraîchissaient vivement toutes mes idées mais commençaient à tomber à une fréquence beaucoup plus importante. Je recevais comme des jets de douche sur le crâne pourtant, je ne bougeais toujours pas. Cette fois, une partie des adolescentes avaient plié bagage alors que d'autres avaient uniquement déployé leurs parapluies. Cela devait faire environ trois quarts d'heure que je trônais ici. L'intempérie persistait et ne semblait pas avoir l'intention de s'arrêter. Mettant fin à ma réflexion, j'élargissais mes paupières avec difficulté puis clignotais pour faire tomber les perles sur mes cils. Le show semblait être à sa fin, une foule de personnes brailleuses naissait après le passage des portes et s'agrandissait. Une voix empesée mais à la fois tremblante vînt reteindre mes tympans.


- Vous n'avez pas froid mademoiselle ? Sonda ce bon vieux Alfred que je reconnus tout de suite.
- Non ça va, merci ! Mentis-je en pivotant la tête dans sa direction et en lui accordant un petit sourire forcé.
- Vous allez attraper du mal à rester là. Ce n'est pas raisonnable et monsieur Jost va finir par s'inquiéter de ne pas vous voir. Vous feriez mieux de rentrer à l'intérieur.
- Dans dix minutes. Prévins-je d'un ton faible et peu convaincant.


Après coup, nous restâmes silencieux, les cordes vocales peut-être trop congelées. En discernant les groupes de fans criés le nom du groupe, je fis directement une piteuse liaison avec un des personnages le composant. J'avais une sorte d'impression, comme si à chaque fois que le mot « Tokio Hotel » allait pénétrer à travers mes oreilles, cette saloperie de relation serait toujours présente. Les inscriptions du fragment de papier me travaillaient l'esprit. Une fois que je serais face à lui et à ses arguments irréfutables, je me demandais ce que j'allais bien pouvoir dire et ce qu'il allait pouvoir m'annoncer. Il avait sûrement prévu de me sortir tout un flot de paroles litigieuses. Mais peu importe. Grâce à ces quelques hypothèses, les dix minutes que Alfred m'avait accordé était maintenant écoulées. Mes jambes se redressèrent difficilement sous l'effet de la froideur m'ayant paralysé les muscles. Sous le regard farouche d'Alfred, je m'engouffrais dans le bâtiment. A mon entrée, les éclairages étaient beaucoup plus éblouissants. Je pris les mêmes portes qu'à ma sortie mais m'arrêtais devant un petit miroir encadré de photographies sympathiques. Je constatais l'étendu des dégâts et dénichais un mouchoir en papier de ma poche. Des personnes passaient derrière moi en examinant mes gestes ce qui m'énervaient terriblement. Mais je n'allais pas créer de scandales pour une simple histoire de quelques regards niais. Une fois la situation arrangée, je croisais Gustav un peu plus loin au cours de mon chemin. Une serviette entrelaçait son coup, il paraissait épuisé.


- Emma ! Alors ça t'as plus notre petit concert ? M'interrogea-t-il timidement.
- Oui, vous êtes très doué. Souriais-je
- Merci. Je fus gênée lorsque je remarquai qu'il constatait mon état. Mais pourquoi tu es toute trempée ?
- J'ai fait un petit tour dehors et j'ai été prise par une averse. Encore un lourd mensonge pour ma conscience.
- Va te sécher ! ria-t-il


Il continua son chemin. Une fois arrivée devant la porte des « Loges », j'hésitais péniblement à rentrer de peur de tomber dans des regards que je redoute. Ma main stagnait poser sur la poignée mais ne l'ouvrait pas. Une sorte de blocage m'interdisait tous mouvements envers cette porte. Je n'allais tout de même pas prendre racine ici. C'est alors que je reconnus une voix, mais elle ne venait pas de l'intérieur, elle était émise d'une distance éloignée de ma personne. Cette voix, je l'ai beaucoup entendue. Elle est pleine de perversité et de sous-entendus. D'un timbre grave et sensuel, cela ne pouvait qu'être celle de Tom. Pour m'en assurer, je fis deux ou trois pas vers une intersection de deux couloirs. Penchant ma tête sans faire de bruit suspect d'éveiller un soupçon, je pus reconnaître un pantalon baggy très large en jean recouvert par un immense t-shirt. Je relevais la tête instantanément après avoir été soulagé de le voir là-bas puis fis volte-face et pénétrais rapidement dans la « Loge ».
Mon souffle était haletant et ma salive avait du mal à passer le long de ma gorge. Mes paumes étaient moites mais mon corps tremblait sous mes vêtements mouillés. J'expirais une bouffée d'oxygène tout en me retournant. La pièce était toujours dans le même état que tout à l'heure mais quelqu'un avait dû passer faire un petit rangement il me semble. En effet, mon sac que j'avais vulgairement jeté sur le canapé était à présent pendu sur un cintre. Je fis prise d'un sursaut imprévu quand je perçus un être qui était penché derrière le canapé. Bill, me regardant d'un air interrogateur et méprisant une fois m'avoir reconnu, jouait avec un stylo entre ses doigts. Ses yeux restèrent plantés dans les miens une fraction de seconde puis il baissa la tête pour enfin me tourner le dos. J'eus l'impression qu'un couteau me poignardait le c½ur. En même temps que je tentais de m'approcher de lui, il enfilait un bonnet noir qui aplatit tout de suite ses cheveux. J'avançais tout doucement. Il fouillait désespérément dans un grand sac perché sur une commode.


- Bill. Prononçai-je à voix basse.


Il arrêta ses mouvements et se rehaussa sans se rabattre dans ma direction. Il semblait attendre des paroles de ma part, mais quelles paroles. Je ne savais pas du tout ce qui me valait tous ces mépris. Je me risquais à glisser ma main délicatement le long de son bras dans le but qu'il se retourne et c'est après un petit « s'il te plaît » que je chuchotais qu'il pivota la tête dans mon sens. Je ne fus jamais aussi prise de charme que maintenant. Je cherchais ses magnifiques prunelles aux couleurs chocolatées ressorties par de légers traits de crayons noirs finement tracés.


- Je peux savoir pourquoi.. Pourquoi tout ça ? Interrogeai-je de voix toujours aussi tremblante mais cette fois pour plusieurs raisons.
- Arrête s'il te plaît. Répliqua-t-il sèchement
- J'ai vraiment besoin que tu m'éclaires là. J'en peux plus moi. Suppliai-je


A ce moment là, le bruit de l'ouverture de la porte retentit. Ma tête se retourna directement pour vérifier l'auteur du dérangement. Heureusement ce n'était pas lui. Mon trouble-fête. Il ne s'agissait juste que de David qui venait nous annonçait notre départ. D'un geste de main discret, il nous fit signe de venir. Bill, qui avait entre-temps fermé son sac et enfilé un blouson, passa avant moi me frôlant de l'épaule et me chuchota un « plus tard » sans un coup d'½il. Je suivis ce dernier en agrippant mon sac à main. David referma la porte après mon passage. Je n'avais aucune idée de l'heure qu'il pouvait être, je savais juste que le temps passait très vite et que tous les actes que je m'efforçais de faire et qui me troublait beaucoup niveau réflexion ne me servaient à rien. Le passage entre la sortie et le corbillard noir fût court. Je pris place à mon emplacement habituel prés de la fenêtre tout au fond. Le trajet se fit sans un bruit et cette fois-ci, dans le peu de condensation sur les vitres du fait de ma faible respiration, je ne pus dessiner qu'un petit c½ur presque invisible que le petit cupidon avait malencontreusement brisé.



* Trônes de pudeur ( j'avais oublié ;p ) : Les joues xD ( référence à mon cours sur la doctrine mdr.. )






# Posté le mercredi 07 novembre 2007 08:48

Modifié le mardi 24 juin 2008 15:44

Chapitre 11

Chapitre 11

L'horloge numérique de mon mini bar argenté affiché onze heures trente deux de son gris poivre. Un stylo encre entre les doigts et une feuille de papier vierge sous le creux de ma main, je méditais sur des mots et des phrases suspectes de toucher son ego. J'étais royalement installée sur le canapé vermeil de ma chambre, les rideaux dégagé la fenêtre me faisant paraître toujours cette même vue, comme un tableau qu'un peintre observe pendant des heures. La majestueuse tour Eiffel scintillait ce soir. Des images défilaient sur mon téléviseur mais je m'étais abstenue à mettre le volume, suspect de me troubler. Je voulais lui écrire mais les termes ne me venaient pas. Pourtant, ce soir, j'avais fermement décidé d'en vernir à bout et pouvoir mettre dès le lendemain, la petite enveloppe timbrée dans la fente offrant à un simple bout de papier, un envol vers le monde extérieur. Sans oublier que j'allais devoir me rendre à minuit pile, ou peut-être avec un léger retard, à ce petit jardin. Je commençais donc par un premier trio de mot d'esprit qui fût « Ma chère Eve.. »



*



« Emma ». Mon petit nom clôtura mon message. Certes, je n'avais pas énormément rédigé mais cela suffisait pour faire inoculer le message. Mes prunelles refirent un aller vers le cadran. C'est alors qu'après une ample inspiration, je cessai ma respiration durant une paire de seconde, puis elle reprit sa fréquence normale. A ce moment précis et d'après mes calculs, j'étais à la bourre d'une dizaine de minutes. Je déposai tous mes ustensiles de calligraphie sur la table arrivant à mes genoux et enchaînai des pas hâtés jusqu'au placard vitré pour enfin empoigner le cintre portant mon caban charbonneux et le faire glisser sur mes épaules. Une succession d'action fringante. Je me dépêchai de verrouiller ma porte et entamai une course folle jusqu'au self de l'hôtel, c'est-à-dire, au rez-de-chaussée. Effectivement, le petit jardin dont Tom parlait dans le petit message ne pouvait être que cet endroit qui m'avait tant touché où logent ces petits oisillons. Une fois l'arcade de sortie passée, il y avait toujours ce même froid qui me frappa le visage. Mon regard balayait la pénombre cherchant passivement une ombre pouvant être celle de mon messager. Je grelotais de froideur et mes prunelles humides se perdaient dans l'herbe argentée. J'avais peur. Peur du futur.


Quelque chose s'accaparant à des mains chaudes et douces camouflèrent mes yeux. J'étais surprise de cette action dont je ne m'attendais point.


- Tom ? Prononçai-je d'une voix tremblante et titubante en liant mes mains fraîches avec les siennes pour libérer ma vue.
- Merci d'être venue. Fit-il de sa voix que j'appréciais tant entendre.
- Il faut que tu m'éclaircisses des choses. annonçai-je sèchement en me rappelant les quelques évènements troublant précédents.
- A quel sujet ?
- Pourquoi le lendemain matin de notre soirée, je me suis retrouvée dans le même lit que toi à moitié nue, tout comme toi. Je sais c'est direct mais il faut que je saches. Mon ton était dur.
- Ce n'est pas ce que tu crois. Dit-il en baissant un peu les yeux.
- Je t'écoute.. chuchotai-je
- Tu n'étais plus dans ton état normal ce soir là. Je vais te raconter ce qu'il s'est passé après le petit jeu que je t'avais proposé. Allons s'asseoir sur ce banc si tu veux bien. J'acquiesçai et nous allâmes se poser sur un petit banc en bois recouvert d'un léger voile de gèle. Moi en tailleur.



Flash-back



« Il me restait encore un petit pull. Mais quelque peu sous l'emprise de l'alcool, je ne m'empêchai pas de continuer à boire.. »

Tom raconte,

Ce baiser partageait avec elle avait été vraiment divin. Elle possédait des lèvres si fines et velouté que ce contact fut pour moi un moment particulier. Elle s'était réinstallée à l'autre bout du sofa avec un coussin recouvrant son ventre et entrelaçait par ses bras ainsi qu'une petite bouteille d'alcool en main. Elle n'avait quand même par l'air très sobre. J'étais témoin des petites rougeurs, sûrement dues à la chaleur presque insoutenable dans cette pièce, qui apparaissait peu à peu sur ses joues notamment qu'elle tentait d'articuler des propos banals et absurdes. Elle se dégageait le visage d'un geste de main négligé écartant quelques mèches rebelles qui lui donnaient un faux-semblant sauvage et sexy. Parfois, il lui arrivait de glousser niaisement lorsque je lui racontais des batifolages de ma part sans aucune gêne, elle ne s'en souviendrait pas. Particulièrement aussi pendant que mes doigts s'aventuraient le long de sa taille lui procurant quelques chatouilles.
Mon ego était toujours en bon état. Au bout d'une heure et quelques, Georg était ressortis de sa salle de bain en meilleur état qu'à son entrée, car s'étant involontairement placé sous le jet d'eau froide, celui-ci lui avait automatiquement rafraîchit les idées. Nous riions à gorge déployée sur des hilarités stupides. Emma semblait ne toujours pas s'être remise de ses excès alcooliques. Elle vînt à me poser une question qui me surpris plantureusement mais plaisante pour autant. Elle s'approcha de moi à quatre pattes sur le canapé, courbant son dos d'une manière plutôt luxurieuse pour enfin avoir ses deux mains de chaque côté de mon visage, me retrouvant alors sous ce corps enviable et à frôler son nez avec mignardise.

- Ca te dit un autre jeu ? Me susurra-t-elle. Pour moi, une invitation pareil ne se refuse jamais. Et comme je le dis bien souvent, Il faut vivre l'instant présent qui s'offre à nous, d'où mon expression favorite « Carpe Diem ».
- Je ne peux pas refuser une telle offre ! Souriais-je involontairement avec perversité.

Après ma réponse qui lui dessina un sourire charmeur aux coins des lèvres, elle ne s'attarda pas et s'entraîna dans une fougue passionnée, jouant malicieusement avec ma langue et même tous ce qu'elle avait sous la bouche. Elle taquinait aussi mon piercing ardemment. Nos souffles se croisaient et donnaient de l'ardeur à nos actions. Nos lèvres se palpaient souplement et l'excitation parfois, me poussait à prendre plaisir de lui mordiller légèrement la supérieur. Malgré toutes mes conquêtes, en tout bien tout honneur, je trouvais cet instant comme l'un des plus élogieux. Toutes les petites minettes avec qui je passe du bon temps savent me satisfaire, seulement, tous ces moments, bien agréables quand même, manquaient d'originalité. Bien que je n'ais pas été plus loin avec Emma, j'avais apprécié. Je ne pouvais en aucun cas me permettre des choses plus intimes.

- Allez, arrêter vos cochonneries vous deux. Tom, tu vas l'étouffer. Intervînt Georg en coupant court à notre élan.
- Ta gueule, t'es jaloux. Lançai-je en me moquant de sa solitude sur le canapé d'en face. Tout en me replaçant droit.
- Pas le moindre du monde. Il me balança un coussin en pleine figure que je lui rendis par la suite, tout en enchainant sur une bataille minutieuse. Emma s'était écartée et nous regardait amusée.

Trente minutes plus tard, l'ambiance avait retrouvé tout son calme. Georg et moi miraient les quelques films qui pouvaient passer à une heure du matin. Emma ayant trop chaud avait ôté son pull, se retrouvant vêtue d'un simple petit débardeur blanc qui dessinait parfaitement sa silhouette. La pièce n'était plus qu'éclairée que par la projection de lumière de l'écran de télévision, laissant ainsi luire nos prunelles dans la pénombre. Elle s'était assoupie tendrement sur les genoux de Georg pendant mon absence d'une durée de vingt minutes, histoire d'aller rendre une petite visite rapide à mon double qui en fait dormait déjà, et il m'arrivait parfois de contempler son petit visage si significatif.
C'est ainsi qu'après tout, nous n'osèrent pas la réveiller de peur de la sortir de ses rêves, ce monde qui n'appartient qu'à nous et qui nous évade, donc nous allâmes l'allonger dans mon lit, la couvrant de couverture pour ne pas qu'elle ait froid.
Je ne pus lui justifier tout ceci car à mon réveil, elle était déjà partie.



Fin du flash-back





Je fus vraiment émerveillée et touchée par ce qu'il venait de me raconter. Cette personne que j'avais mal jugée sur ces intentions. Sans un mot, je l'étreignais contre moi, sentant presque son c½ur battre. Je pus remarquer son souffle chaud dans mon cou qui me provoquait quelques frissons. C'est alors qu'un vent plus intense se leva, plus froid et plus giflant, nous amenant à resserrer notre étreinte si splendide. D'un côté, je fus un peu chagriner par les actes que j'avais réalisés pendant mon état ivre. Mais cela importait peu. Je profitais pleinement de ces moments de bonheur, ou presque, qui allaient bientôt arriver à leur fin. Comme d'habitude, j'allais devoir quitter les « amis », si je puis dire, merveilleux dont j'avais fait la connaissance. Bien que Bill refuse de m'adresser la parole. Pour mieux jouir de ces circonstances, je fermai les yeux et murmurai un « Merci Tom » de ma voix tremblante et frigorifiée.
Suite à ces évènements, l'extérieur étant beaucoup trop froid et pris de fatigue, nous décidâmes de mettre fin à cette journée plus qu'étrange et banale dans le fond, en allant nous coucher. Tom me raccompagna à la porte de ma chambre, sa main réchauffant la mienne en l'enlaçant de ses doigts fignolés. Les séparations furent difficiles mais je passai ma porte après un dernier regard profond pour aller rejoindre le grand lit douillet qui m'attendait. Je m'étalai comme une masse, la tête sur l'oreiller en repensant à tous les instants mémorables que je ne vivrais peut-être plus jamais. Dans le filon, mes paupières se clôturèrent..





- - -




Au petit matin, des doux rayons lumineux traversaient ma chambre encore dans une atmosphère endormie. J'étais adossée à mon lit, par terre, bouquin à porter de main. J'étais plongée dans une concentration indéfinissable sur un problème de mathématiques bien complet auquel je ne comprenais pas grand-chose. Stylo à la bouche et feuillet dans les mains, je tâtonnai. D'habitude, je demandais de l'aide à mon père, je suis vraiment très dépendante de lui mais cette fois-ci j'allais vraiment devoir me débrouiller seule. Encore une fois. Ce séjour aura finalement été bénéfique.
Je fus interrompit par des coups sur la paroi de ma porte. Qui pouvait bien venir à cette heure-ci me voir. De plus, j'avais appris que les membres du groupe aimaient beaucoup dormir et rien – à ma connaissance – n'avait été prévu pour aujourd'hui. Ni interviews, ni shooting, ni concerts.
Je me débarrassai de mes outils de travail scolaire puis me leva hâtivement. Pour ne pas paraître trop indécente, j'enfilai un léger peignoir de soie couleur blanchâtre et le tenais fermer avec mon bras droit. A l'approche de ma porte, la personne de derrière ne semblait pas émettre un signe sonore comme l'ont fait habituellement ceux qui ont frappé à ma chambre.
C'est alors surprise et extrêmement gênée, qu'après l'enclenchement de la poignée, je constatai un Bill. Il était habillé d'une simplicité non commune et les cheveux relativement plaqués. En dénichant ses yeux si pénétrant et ravissant à la fois, je cherchais réponse à sa venue.


- Bonjour. Je te dérange pas ? Se décida-t-il à dire.
- Non, justement, tu me sauves parce que j'étais en pleine réflexion sur un problème de maths dont je ne compr... Expliquai-je un peu désemparer jusqu'à ce qu'il me coupe la parole brièvement.
- Je viens te parler. Justifia-t-il d'un ton vide et sensible.
- Entre.


Il effectua ce que je lui avais proposé de faire. Il avait l'air complètement mélancolique et perdu. Son regard se perdait dans la pièce. Il s'était égaré un peu plus loin, jetant un coup d'½il furtif sur mes mathématiques au sol. Je le sortis de ces observations.


- Assis toi sur le lit.


Il m'adressa un regard et même un léger sourire mais il devait être hypocrite et se dut être un gros effort pour lui de m'accorder ceci. Le climat de la pièce était pesant. J'allai rapidement le rejoindre sur le lit en m'asseyant à ses côtés. Il portait un grand intérêt à ses genoux et s'entremêlait les doigts. Je le regardai faire et attendais impatiemment qu'il brise le silence. Ce qu'il fût après s'être éclaircit la voix.


- Je suis...
Malheureusement, il ne pût continuer ce début de phrase tant attendu par ma personne car mon téléphone portable se mit à vibrer, ce qui nous fit tous les deux sursauter.


Je me précipitai de l'attraper sachant que c'était mon père qui m'appelait. J'étais tellement excitée de lui répondre. Je portai l'écouteur à mes oreilles et hurlai de joie en déclarant un « Papa !!! », un sourire immense aux lèvres. Je fus tellement heureuse lorsque je perçus sa voix à l'autre bout du fil. Je faisais les cent pas entre la salle de bain et le baie vitrée, j'ai même été faire un tour sur la terrasse. Même si la température était très basse. Je bavassais et ne voyais pas le temps passait. On avait tellement de choses à se dire. Tellement de choses à se raconter. Puis il vînt à m'annoncer la nouvelle qu'il voulait me dire. La nouvelle qui me tracassait depuis deux jours presque et que j'avais envie de savoir. Cette nouvelle la voici : « Mon voyage s'étant mieux passé que prévu, mon patron l'a écourté pour m'offrir le temps de Noël ce qui fait que je vais pouvoir rentrer à la maison ce soir et, si tu le veux bien, tu prendras l'avion cet après-midi et nous nous retrouverons pour les fêtes. Tu es d'accord ? ». En un instant, je cru que c'était un rêve. Pouvoir retrouver mon père le soir même allait être vraiment magique. J'étais vraiment émerveillée. Ma joie devait se faire entendre de très loin et j'espérais ne pas lui avoir crever le tympan. Après mon énorme accord sur ce qu'il venait de me proposer et quelques autres paroles affectives, il dut raccrocher avec difficulté et la fatalité de se quitter. Je me regagnai la pièce où se trouvait mon lit en appelant « Bill ». Mais lorsque mon champ de vision parcouru les lieux, je pus constater qu'il n'était plus là.






# Posté le samedi 24 novembre 2007 08:04

Modifié le mardi 24 juin 2008 15:44

Chapitre 12

Chapitre 12
Trois coups brutaux sur ma porte m'interrompirent dans ma lecture. Evidemment, pour ne pas faire attendre l'auteur de cette sonorité sévère, je m'empressai d'aller ouvrir cette porte qui me paraissait tellement loin. Mes muscles engourdis s'activèrent pour enchaîner des pas pressés. Au fur et à mesure que mon approche se faisait concise, je percevais une voix grave m'étant très familière derrière l'obstacle qui nous séparait.


- Emma, c'est David. Prononça-t-il de toutes ses cordes vocales.


Un sourire, non moqueur je le précise, s'accapara de mes lèvres. Sans hésitation, car cette fois-ci il me semblait que je n'avais rien fait de suspect qui pourrait le rendre sur les nerfs, j'enclenchai la poignée argentée. Je découvris, dans un brusque rabat de porte, l'être que j'avais prédis, habillé plus élégamment que d'habitude il me semblait, les cheveux enduit de gel. Je pus l'avouer, il était très séduisant. Il me fit une bise matinale en guise de bonjour sur la joue tout en me questionnant sur mon état. Il me prévînt de l'heure du repas de midi avant mon départ que je n'avais annoncé à personne et vérifia que mes lourdes valises étaient prêtes pour pouvoir autoriser le garçon de chambre de les descendre afin de les ranger dans le coffre. J'acquiesçai toutes ses recommandations pour mon expédition puis il m'adressa un sourire et s'en alla. Je refermai la porte avec un léger pincement au c½ur de quitter cette ville où finalement je ne m'étais pas trop ennuyée. Je sentais ma mine déconfite à présent mais pour ce midi, je me devais de garder le sourire afin de faire de mon dernier moment avec eux, un brin de bonheur.

Après quelques minutes lentement écoulées, le temps de me refaire une petite beauté, je quittai ma chambre pour atterrir dans le couloir dans le but de me rendre au restaurant. J'étais munie d'une petite besace et j'avais pris soin de revêtir une tenue, on ne peut plus, élégante. Je n'allais tout de même pas rejoindre le groupe en pyjama. Machinalement, je verrouillai la serrure puis empochai les clefs dans mon veston d'un geste bref. Mes pas se faisaient de plus en plus nombreux mais se stoppèrent devant cette boîte que l'on appelle plus souvent « ascenseur » . Comme d'habitude, je lui portai un regard de dégout et de haine. Non pas que ce ne soit pas pratique de se faire transporter d'un étage à un autre sans faire d'efforts mais je trouvais meilleur les escaliers pour la réflexion dont j'avais excessivement besoin. En deux temps trois mouvements, je me retrouvais déjà à poser les pieds sur les marches tapissées qui s'enchaîner les unes après les autres.

J'arrivai face à la porte de l'étage du dessous. L'étage où logent les quatre individus du groupe « phénomène » si j'avais bien compris. C'est alors par surprise qu'un rabat se fît entendre suivit par des pas logiquement plus lourds que les miens. Je fis volte-face et perçus Georg, me regardant d'un air perplexe. Je ne m'attardai pas et allai lui faire directement la bise.


- Bien dormis ? l'interrogeai-je avec gaieté.
- Comme une masse et toi ?
- Très bien, mais j'ai eu une nuit assez courte.



Puis nous nous entraînèrent à deux dans la pente. Notre discussion continuait de plus belle avec des sujets divers et variés aussi intéressants que les autres. J'adorais discuter avec Georg car il faisait preuve d'une maturité plus acquise que les autres, surement dut à leur différence d'âge bien que je n'ai jamais réellement eu une vraie conversation aussi avec Gustav qui, malgré ses airs de timide, avait l'apparence d'une personne compréhensive et honnête. Cependant, même si c'était les deux plus âgés du groupe, ils leur arrivaient parfois d'avoir des comportements puérils, normal pour détendre l'atmosphère pesante de temps en temps.

Nous ne mîmes qu'un petit moment à arriver au rez-de-chaussée. Je clôturai le bavardage avec un « j'aurais quelque chose à vous annoncer à la fin du repas » pour ensuite me hâtait d'aller dire bonjour au reste du quatuor. Je commençai par Gustav tout en stationnant à ses côtés afin de sympathiser plus amplement avec lui. Tom vînt ensuite à ma rencontre en m'étreignant amicalement en s'invitant dans les propos tenus par Gustav et moi. Je souriais à plein dent sans douter qu'au fond de moi, ce comportement contenait une part d'hypocrisie. Je faisais juste « bonne figure » pour ne pas paraître comme l'accablé de l'histoire. Nous patientions toujours l'arrivée de David.


- Où est Bill ? interrompis-je
- Il finissait de se préparer quand j'ai été le chercher, il n'va pas tarder.


Je finissais par un léger sourire qui retomba directement après avoir tourné la tête dans la direction de la réception. Mes yeux se perdirent sur les murs décorés de tableaux tout son prolongement. Je fis mine de m'y intéresser avec passion en m'approchant de chacun et en observant des détails totalement invisibles à un mètre de la peinture. Pour faire court, je jouais les grosses-têtes.

Jetant des coups d'½il à chaque éclat de rire des garçons, je constatais que Bill n'arrivais toujours pas. Je décidai alors de retourner auprès d'eux pour ne pas attirer leur attention sur l'intérêt que je portais aux ½uvres.


- Bon, je vais aller voir où en est Bill, si David arrive, ne nous attendez pas ! Annonça Tom en s'avançant vers l'ascenseur.
- D'accord mais tardez pas trop ! Lança Georg d'une tonalité plus puissante pour se faire entendre de Tom.


Au moment où il partait, de mon côté, en voyant Tom remontait à l'étage, je conclus qu'il me manquait quelque chose. Je me rappelai soudainement de mes oublis et indiquai peu après le départ de Tom, mon retour à ma chambre. Georg et Gustav acquiescèrent et allèrent s'installer sur des fauteuils pour ensuite disparaître de ma vue. J'avais donc emprunté le chemin inverse, c'est essoufflé que j'arrivai à mon étage, c'est vrai que les escaliers en montée, ce n'est pas la même chose. J'ai du en brûler des calories. A l'instant où je pénétrai dans ma chambre, je respirai une bonne bouffée d'air après tous ces efforts et me mis dans la quête des objets que je devais me procurer. Je dénichai alors la petite enveloppe que j'avais préparé ce matin dans un des tiroirs de ma table de nuit, puis le petit paquet que j'avais difficilement emballé. A toute vitesse, je repris ce même chemin et opta pour une idée m'étant venue à l'encontre de la porte de l'étage du groupe. Je décidai à mon passage d'aller retrouver les deux jumeaux afin que nous descendions tous ensemble. Je passai les portes luxueusement décorées et parcourues le couloir en me remémorant leurs numéros de chambre. Je n'eus nul difficulté à les retrouver car, une des antres du couloir étaient entrouvertes laissant s'échapper des murmures de voix d'hommes. Je m'approchai scrupuleusement et m'arrêtai à l'ouverture. La curiosité me démangea plus qu'autre chose et je savais que ce n'était pas digne d'une gentille fille d'écouter aux portes, mais justement, je ne suis pas cette gentille fille que tout le monde croit. Je succombai à la tentation et portai mon oreille au plus près de la paroi pour ouïr leur discussion.

- ...Je me rends compte que j'ai fait une grosse erreur en croyant une chose pareille. Je me suis lourdement trompé et j'ai peur qu'elle m'en veuille maintenant.
- T'inquiète pas, je suis sur que tout va bien aller. Allez viens, David nous attends et on va pas le faire enrager, tu sais comment il est.


Tous deux rirent. La situation avait l'air délicate avant que Tom ne détende l'atmosphère comme à son habitude. Bill semblait préoccupé à ce que j'avais entendu. Pour ne pas faire l'indiscrète d'avoir écouter la fin de leurs paroles, je fis mine d'aller à la découverte de ma besace au milieu du couloir. Dès qu'ils me découvrirent, tous deux se regardèrent d'une expression moqueuse et je tentai de justifier ma présence à cet endroit avec une fausse excuse comme « Je cherchais le numéro de votre chambre car je voulais venir vous chercher et il me semblait l'avoir noté sur un papier rangé là-dedans » tout en désignant ma pochette. Ils eurent l'air d'y croire puis vinrent à mes côtés. La tension entre Bill et moi étant toujours assez froide, nous nous fîmes une bise plutôt glaciale, sans mots, malgré son souffle qui me chatouilla les oreilles. Je rejoignis Tom afin d'être plus à l'aise et tous les trois, nous commençâmes à marcher en direction du bas, en espérant aucun retour. Tom chuchotait auprès de Bill des choses que je ne pouvais entendre. Pourquoi cette attitude depuis tout à l'heure. Arrivés au sommet des escaliers, je m'apprêtai à descendre lorsqu'une main me retînt vivement par le bras. Je virevolta la tête en arrière et me rendu compte que cette main douce et inconnue appartenait à Bill. Je fus surprise de cette action de sa part.


- Est-ce que je peux te parler ?
Me demanda-t-il les joues rougies.


Je lui souris puis adhérai à cette proposition qui ne me semblait pas une mauvaise idée, vu l'état des rapports. Je détournai mon regard vers Tom déjà à mi-chemin entre cet étage et celui du dessous, il m'adressa un petit clin d'½il de complicité puis disparût.
Je m'orientai désormais vers Bill qui semblait chercher ses mots.


- Je sais que c'est pas très class dans un hôtel comme celui là mais on s'assoit ? Me proposa-t-il en me désignant le marche.


J'émis un rapide ricanement puis nous prirent place sur cette marche et commencèrent à parler.


- Je suis désolé Emma. Excuse-moi de m'être comporté comme ça ces derniers jours, encore une fois j'ai préféré croire mes hypothèses et je me suis trompé.
- Heureusement que je ne suis pas rancunière !
Ris-je. Mais j'aimerais juste savoir pourquoi, si j'ai fait quelque chose qui t'as blessé.
- Eh bien tu vois, avant le soir où nous avions regardé le dvd, j'ai tout de suite pensé que tu n'étais pas une personne comme les autres, même si je ne te connaissais que depuis quelques jours, le fait que tu ne nous connaissais pas était rare et j'aurais bien aimé te connaître plus, mais quand je t'ai vu sortir de la chambre de Tom complètement décoiffée et très peu vêtue, beaucoup d'idées me sont venues en tête et tout particulièrement celle que tu avais couché avec mon frère comme toutes ces filles qui ne veulent nous connaître juste pour atterrir dans l'un de nos lits. J'ai alors eu une sorte de déception et j'avais l'impression que tu t'étais rapproché de moi uniquement dans le seul but de te rapprocher de mon double.
- Mais c'est...
- Stupide je sais. Avec toutes mes inventions farfelues, je pourrais facilement devenir écrivain dans la catégorie « Geschichte der Scheiße »



Face à son groupe de mots, je mis à rire automatiquement et entourai son corps fin de mes bras pour le rassurer. Je lui chuchotai un « t'inquiètes pas on oubli » au passage puis me releva sur mes deux jambes avec vivacité. Je lui fis signe de me suivre mais une dernière fois, il m'attrapa la main pour que je reporte mon attention sur sa personne.


- Et, on recommence à zéro tous les deux ? m'interpella-t-il avec son sourire d'ange.
- Avec un si beau sourire, je ne peux qu'avoir une réponse positive monsieur Bill... je le questionnai du regard.
- Kaulitz.


Nous riâmes intensément. De vrais gamins nous sommes. Ca faisait du bien de pouvoir rire avec quelqu'un en ce moment. J'avais donc retrouvé la bonne humeur si éphémère et espérais qu'elle allait durer.

Bill et moi rejoignîmes les trois autres déjà installés à table. Ils nous regardèrent arriver et un homme très élégamment vêtu me présenta une chaise à côté de Gustav. Je compris qu'il fallait que je m'assoie là. Après des petits débats entre nous, David fît son apparition au téléphone, comme le plus souvent et s'installa à côté de moi en se faisant dégager de sa veste par un serveur. Nous nous regardâmes tous dans les yeux, des regards remplis de questions.

- Excusez-moi, c'était un homme important. Ca va Emma, tu n'es pas trop fatiguée ?
- Non je vais bien.
- Le concert de hier t'as plu ?
- Oui c'était super.
Souriais-je.

Il eut comme une satisfaction en lui. Il plongea son nez dans la carte venant d'être mise à notre disposition puis établit une conversation avec les garçons. J'écoutais attentivement tous leurs mots en essayant de comprendre leurs sujets. Le champagne fût servit.


# Posté le mercredi 12 décembre 2007 09:05

Modifié le mardi 24 juin 2008 15:45

Chapitre 13

Chapitre 13
Les mets servis étaient délicieux, nous arborions divers sujets tout en essuyant nos larmes de fous-rires de temps à autres. J'écoutais avec passion la manière dont David organisait le planning du groupe qui, je puis le dire, était très chargé. Je me demandais quand est ce qu'il se casait un moment pour manger ou pour dormir. Je leur racontais certaines de mes mésaventures les plus drôles, qui remontaient à très loin dans le passé, mais je passais aussi sur des sujets un petit peu plus délicat comme ma mère par exemple... Georg et Tom me faisaient rire à toujours se jeter des vannes sur n'importe quelle conversation et j'étais d'autant plus amusée en voyant la figure de Bill et de Gustav.
Le dessert arriva très vite, je ne voyais pas passer le temps. L'heure du décollage approchait de plus en plus et mon sourire commençait à s'affaisser peu à peu quand je pensais à ce que j'allais devoir leur annoncer...

- Il faudrait que tu les préviennes de ton départ maintenant. Me murmura David à l'oreille.

Entre deux bouchées de buches au chocolat, après une gorgée d'eau, je pris possession de la parole en portant toute l'attention sur moi.

- Alors euh... Tu sais Georg tout à l'heure, je t'ai dis que j'avais un truc à vous annoncer ?
- Oui... on t'écoute !
Ils avaient tous des sourires d'anges accrochaient aux visages.
- Eh bien... je m'en vais cette après midi. Mon avion est à 17 heures.

Un moment lourd de silence trônait dès que ma phrase fut terminée. Leurs mines devinrent déconfites et tout le monde se cherchait du regard ne sachant quoi dire. Je me sentais horriblement mal à l'aise. Bill baissa les yeux et plongea son regard au fond du verre en face de lui qu'il penchait légèrement avec sa main droite. On put percevoir aussi un bruit de ravalement provenant de la gorge de Tom. Et ce fut Georg qui mit fin à cette méditation.

- Tu nous donneras de tes nouvelles ?
- Bien sur. Il reste un peu plus de deux heures, je pense que ce sera suffisant pour échanger nos numéros et nos adresses.
Rigolai-je face à cette plaisanterie qui en fin de compte ne fit rire que moi.

Les garçons ne restèrent pas muet bien longtemps. Après leur généreuse « minute de silence » dédié à ma personne, ils me submergèrent tous de questions aussi farfelues les unes que les autres. Ils voulaient tout savoir au sujet de ce changement de programmes que je tentais de leur expliquer par la suite en plusieurs parties car ils me coupaient tous sans arrêt la parole. Cela me faisait déployer mon sourire au plus large. Sous ces évènements inattendus, je n'avais même pas pris la peine de leur acheter un petit quelque chose pour Noël, ne présumant pas que j'allais les côtoyer durant le séjour, et avoir quelques liens avec eux. Bien sur, j'avais réservé un cadeau spécial à ce cher David qui n'avait pas été très tendre avec moi. Je lui portais des regards émus quand je voyais de quelle manière il s'occupait de moi. Comme quand j'avais huit ans. L'âge où je découvrais la vie mais où ne je n'avais pas encore vraiment conscience de ce qu'était l'amour. Cet âge où un petit arc-en-ciel illuminé mes yeux.
Je m'égarais vaguement dans mes remémorations lointaines quand la sonnerie aiguë du téléphone de mon voisin sonna. David extirpa l'appareil de sa poche avec un mal incertain mais, voyant l'auteur de l'appel, appuya sur un bouton qui me fit comprendre une action négative de sa part puis il ré infiltra l'objet entre les tissus de son pantalon.
Ma tête se pencha de chaque côtés de mon corps assis : Je cherchais désespérément le présent. Je l'avais, sans faire attention, glissé sous ma chaise. J'agrippai ce petit sac blanc par les lanières noirs en tissus qui faisait usage d'anse et le posai sur mes genoux. Ma nuque se redressa, je respirai profondément et laissai échapper mes paroles.

- David ! Intervins-je dans un instant paisible.
- Oui ?
- J'ai ... pensé à toi... C'est pour « Noël » !
Annonçai-je avec gaieté en dévoilant le sac.
- Oh... Emma ! Il ne fallait pas.
- Mais si, allez ouvre ! Fais pas le modeste.


Les garçons avaient l'½il attiré par la scène et avaient des airs amusés en voyant la réaction de David. Il découpa le scotch qui clôturai l'ouverture à l'aide d'un petit canif et plongea sa main à l'intérieur. Il en ressortit la cravate que j'avais prédis, évidemment, en souriant ce qui me rassura quelque peu. Difficile d'avoir un « coup de c½ur » pour ce genre d'objet masculin mais pourtant, dès que je l'avais aperçu dans la vitrine, elle m'avait beaucoup plu, et je la voyais déjà au coup de mon tuteur provisoire. Ses rayures verdelettes s'accordaient parfaitement avec les iris « émeraudes » de David.
Par contre, je n'avais aucunement résister à la tentation de lui écrire un petit mot qui avait été préparé bien à l'avance par mon imagination débordante. Il le décolleta et lut à voix haute :


« Tu seras à tomber avec cette cravate pour le prochain rendez-vous avec ta journaliste...
Joyeux Noël, Je t'embrasse fort. Emma. »


Son teint, pâle auparavant, vira d'un rouge faible au niveau des joues, il but une gorgée de champagne en retenant son rire et racla sa gorge, tandis que tous les autres présents à cette table étaient royalement pliés sur eux-mêmes, le visage en fente. Le restaurant entier pratiquement était retourné dans notre direction.

- Merci, c'est très gentil de ta part. La cravate me plaît beaucoup. M'avoua-t-il d'un sourire gêné.
- Mais de rien... C'est normal !
- Tu as du payer ça une fortune vue la marque.
Il la pliait soigneusement pour la ranger dans son emballage.




A la toute fin du repas, David s'absenta dans le but d'aller régler l'addition, alors que moi et le groupe remontait aux chambres. Je fis un dernier tour entre les quatre murs où j'avais séjourné pour vérifier si rien n'avait été oublié. Finalement, je m'étais quand même attachée à cette chambre que je maudissais à mon arrivée. Elle allait me manquer. Rien que son air, son atmosphère tranquille allait me faire bizarre de ne plus être là le matin quand je me réveille. J'étais seule, assise sur ce lit, qui désormais n'était plus « mon » lit, à me repasser des petits moments antécédents et à gratter la lanière de cuir de mon sac à main, les jambes en tailleur.
Ces êtres aussi allaient me manquer. Bien plus que je ne l'avais imaginé. Ils avaient comme comblé un vide au fond de moi. Ils avaient su me faire rire, m'amuser et pleurer à la fois. Evidemment, David m'avait informé qu'ils ne pourraient pas m'accompagner à l'aéroport à cause de la grande difficulté pour les déplacer. Même si ce fait divers était complètement anonyme, des fanatiques restant nuit et jour à l'entrée de l'hôtel surveillaient leur moindre faits et gestes. Ils étaient donc capables de les suivre jusqu'au hall d'embarquement pour espérer obtenir un simple griffonnage sur un bout de papier ce qui pourrait déclencher des émeutes incontrôlables.

- Emma... Je te dérange pas ?

Je relevai la tête surprise par cette voix que je reconnus sans mal. Je souris en démasquant un petit Bill passant sa tête d'ange à travers l'ouverture de ma porte.

- Non, vas-y rentres...

Je lui indiquai la place vide à mes côtés pour qu'il me rejoigne ce qu'il fit ensuite. Il s'agenouilla sur le lit et me tendit une petite enveloppe en affichant toujours ce même sourire radieux. Elle atteignit mes mains qui frôlèrent furtivement celles de mon voisin puis je remarquais qu'elle était ouverte.

- Je peux l'ouvrir ? Interrogeai-je d'une voix timide.
- Oui bien sur ! C'est à toi. Me répondit-il.

Il vînt se poster derrière moi et posa son menton sur mon épaule et déposant ses mains soignées sur mes bras pour avoir une meilleure vue sur notre centre d'intérêt. Je mis au jour une feuille de papier plié en quatre, puis je la dépliai. Son souffle chaud parcourrait le creux de mon cou d'une agréable sensation que je me permettais de savourer. Je sentais son regard au dessus de moi, ce regard qui se voulait « protecteur » . Dans la continuité de mes actes, je fus surprise en découvrant une flopée d'écritures. Certaines venaient de Georg, d'autres de Tom ainsi que de mon Gustav préféré. Il y avait là les numéros de téléphone, adresses postales et petit mot... d'adieux ? En outre. Ma bouche stagnait en forme de petit croissant de lune, mes yeux plissés et humidifiés par la joie.
Bill entoura ma taille de ses bras d'un mouvement plus convaincant et je déposai ma main droite sur la sienne.

A la suite de la lecture émouvante de tous ces magnifiques messages, je déposai un baiser de remerciements sur la joue de mon adjoint et me libérai pour aller quérir, à mon tour, un stylo et une feuille de papier. Quelques minutes plus tard, je m'empressai de rédiger mes coordonnées ainsi que plusieurs mots destinés à chacun d'eux que je glissai de même dans une enveloppe mais que je clôturai fermement.

- Pourquoi tu les fermes ? Me demanda-t-il curieux.
- Parce que vous les ouvrirez quand je serais partie. Répondais-je d'un air plein de malice.

Il fit la moue. La porte étant toujours entrouverte, le reste du quatuor nous rejoignis sans frapper. Georg vînt à ma rencontre et me prévînt que David m'attendait en bas pour mon départ ce qui m'alourdi le c½ur de tristesse...




Une fois dans le hall de l'hôtel, ils étaient tous là pour me dire « au revoir » ! Je les avais munis de mes enveloppes et avais bien insisté sur la consigne que j'avais fait part à Bill. Je les étreignais un par un, sentant leurs c½urs, battant tous à des rythmes différents, au contact de nos corps. J'embrassai leurs joues toutes douces et leur murmurai des petits attendrissements à l'oreille. Cette séparation n'était pas facile. J'aurais aimé qu'elle se fasse autrement que dans la précipitation.

- Emma ! Il faut y aller maintenant ! M'annonça David du loin du comptoir de la réception.
- Appelle-nous quand tu arrives ! Coupa Tom.
- Promis. Marmonnai-je

Je leur envoyai un léger baiser avec ma main et rejoignis David qui sortait de l'hôtel. Une fois les portes coulissantes rayées passées, je me retournai, aperçus une dernière fois leurs visages remplis de souvenirs et les deux portes se joignirent, comme pour fermer un monde tout autre de celui dans lequel j'allais être dès maintenant.

# Posté le samedi 29 décembre 2007 11:33

Modifié le mardi 24 juin 2008 15:52

Chapitre 14

Chapitre 14



- Bon. Dès que tu arrives, tu n'oublies pas de me téléphoner, ok ?
- Oui, y'a pas de soucis.



David et moi échangions nos dernières paroles avant que je prenne le chemin de l'embarquement. J'en avais une boule au ventre. Mon bagage était posé à mes pieds, en attendant l'enregistrement, et je l'écoutais tout en passant des regards aux alentours pour observer les autres passagers qui aller probablement dans le même vol que moi. Il posa sa main sur mon épaule et imposa son regard à mon champ de vision.

- Ca va Emma ? Tu es toute pâle... s'inquiéta-t-il.

Je réfléchissais un instant, ma tête était vide, mon regard neutre. Mais, un grand sourire se dessina sur mes lèvres comme si je venais d'apercevoir quelque chose qui m'enchantait.

- Oui, oui ça va !
- Ok. Bon alors. Tu donneras ça à ton père...


Il me tendit une enveloppe que je rangeai immédiatement dans ma pochette cuir. J'acquiesçai en même temps d'un signe de tête concis, puis repartit dans mes rêveries. De son côté, lui, il continuait à me citer ses consignes. J'hochai le crâne de haut en bas comme ces marionnettes à ressort que l'on voit souvent dans les films d'horreur pour enfant. Ce n'est peut-être pas un très bon exemple mais je pense que cela suffit à définir mes gestes absurdes. Il termina la discussion en m'embrassant baveusement sur la joue. Le moment de quitter les lieux arriva plutôt rapidement. J'étais très excité de retrouver mon père surtout quand je pensais que j'allais le serrer dans mes bras dans quelques heures à peine. Mais j'étais tellement peiné de partir de cette ville merveilleuse. Mon billet entre les doigts et l'anse de mon sac empoignée, j'avançais de quelques pas hésitant vers l'hôtesse qui s'occupait de la vérification des papiers. Cependant, je titubais la tête vers David pour surveiller qu'il me suivait bien. Je ne voulais absolument pas décoller sans lui dire « au revoir » Alors, je me stoppai vivement et virevoltai dans sa direction, je passai mes bras autour de sa nuque, il se baissa pour être à ma taille, et je l'enlaçai en le remerciant de ce séjour. Je ne l'oublierais pas. Un signal sonore français retentit, mais je ne compris son message que lorsque je remarquai l'hâte de certaines personnes vers la jolie femme derrière nous. Je devais maintenant dire « adieu »
Je présentai mes formulaires à l'hôtesse puis passai l'arcade. Non, je ne me retournai pas comme dans les films américains. Je détestais les séparations et je ne préférais pas alourdir le moment en passant un dernier regard à ceux que je ne reverrais peut-être jamais. Un grand couloir gris emplit de monde s'offrait à moi. Ma tête visait le sol, sauf aux instants où des petites fenêtres encastrées dans le mur croisaient ma personne.
Un homme en costume de commandant m'interpella alors. Il me déchira le bout du billet et me laissa rentrer dans l'avion. Je traînais mon sac à roulette avec difficulté, c'est bien connu, un sac de fille, c'est toujours lourd.
Le bruit du moteur résonnait dans l'appareil tandis que je traversais les rangées pour quérir ma place. A certains moments, les roulettes de ma valise se coincèrent dans les pieds des fauteuils, ce qui me dus le regard niais de certaines personnes m'observant me débattre avec le volume derrière mes jambes. J'adorais la solidarité des gens dans ce monde de naïfs. Un simple fauteuil, un appui tête bleu comme à leurs habitudes et un magnifique hublot. Je me débarrassai de mes affaires et m'installai au fond du matelas, accoudé sur mon accoudoir, face au hublot, le regard dans le vague.


*


Deux heures que nous avions décollés. Le Boeing volé au-dessus de ce grand étang bleu, que l'on appelle communément « océan » et une personne s'était installé à côté de moi. Une dame âgée plus précisément. On aurait pu se demander, mais que vient faire une vieille dame, seule, en Californie. Je m'en posais des questions moi. Bref, la solitude me faisait perdre la tête. J'étais dans l'impossibilité de faire connaître de mes nouvelles au groupe, ni à David ainsi qu'à mon père. Le réseau n'étant pas présent au milieu de l'océan. Une hôtesse de l'air apparût avec un repas chaud, ce qui m'arracha un sourire que je ne remarquai même pas.

Je dévorais une bonne assiette de pâtes, le menu de ce jour dans l'avion, mais terminais par un dessert plutôt infecte pour ma part car je détestais le clafoutis aux cerises. Difficile je suis. Un soupir s'échappa de ma bouche, il faisait chaud. Dehors, la nuit commençait à tomber mais cela n'allait sûrement pas durer car à cause du décalage horaire, j'allais me retrouver en milieu d'après-midi dans mon pays. De nombreuses personnes avaient déjà clôturais leurs hublots en plus de leurs paupières, le journal sur le torse pour quelques hommes, ou l'enfant dans les bras pour d'autres femmes.
Je ne tardai pas à faire de même, en dépit des précédentes journées qui avaient été fatigantes...


« Je ne sais pas quoi te dire, à part que je suis désolée... »





Mes yeux s'ouvrirent doucement et difficilement. Des lumières m'attaquaient l'iris. Mes cheveux cachait légèrement mon visage et mon corps était un peu replié sur le côté, contre un paroi froide et dure. Où étais-je ? Que faisais-je entourer d'un nombre excessif de personnes ? Puis les souvenirs me revinrent peu à peu. Ca y'est. J'étais dans l'avion accomplissant le trajet jusqu'à mon pays natal, pour rejoindre mon père. Le moment d'avant mon sommeil me paraissait tellement lointain, j'avais du m'assoupir profondément et plutôt longtemps. Mon cerveau devait pleinement construire mes rêves, ces rêves... Je ne m'en souvenais plus. Mis à part... Une phrase. Une phrase quelconque... mais troublante. Certes, on verra bien.

Le message vocal féminin nous prévint alors de notre descente vers l'aéroport de San Francisco ce qui me fit sursauter et élargir les yeux à une vitesse incroyable. J'étais décidément très fatiguée. L'excitation m'emplit et je bouclai ma ceinture avec une vivacité inhabituelle.
Jusqu'à l'arrêt complet de l'appareil, pendant tout notre atterrissage, je ne faisais que penser aux milliers de kilomètres qui me séparaient maintenant de la France mais à la faible distance qu'il y avait maintenant entre mon père et moi.
Je ne vais pas faire tout un roman de mon chemin vers le terminal de l'aéroport. En passant, je précise que j'avais réussi à m'égarer deux trois fois. Certaines personnes me regardaient parfois de haut en bas, sûrement à cause de ma tête de déterrer. J'étais dans le hall depuis, à présent, une vingtaine de minutes. Je patientais mon bagage aux traditionnels tapis roulants et angoissais de ne pas entendre mon nom de la voix de mon père à l'autre bout de la salle, ou bien, juste derrière moi...
Pour tuer l'ennui, je sortis alors mon portable. Le réseau étant désormais de retour. Je passai un coup de fil à David durant une dizaine de minutes, le temps qu'il me couvre de questions sur mon voyage, le confort... Bref. Une vraie pipelette celui-là.

- Emma !

Sans que je m'en aperçoive, concentrée à répondre à mon destinataire téléphonique, une main m'avait tapoté l'épaule. Plutôt « Quelqu'un » m'avait tapoté l'épaule. Je souriais, toujours, même si c'était au téléphone, puis, je me retournai pleine de joie. Je découvris « mon père » aussi magnifique soit-il. Je m'empressai de dire au revoir à David pour enfin me blottir dans les bras de la personne en face de moi. J'étais heureuse.

# Posté le dimanche 20 janvier 2008 05:23

Modifié le mardi 24 juin 2008 15:45